Face à la catastrophe : religion-superstition ou religion du Progrès ?

En cette époque de violents bouleversements, on voit recyclé le vieil argument scientiste selon lequel il vaut mieux croire en la Science plutôt qu’en Dieu. Ainsi, le 25 avril, Raphaël Enthoven affirmait dans L’Express :
« A la différence de la science, la religion, par définition, ne fait aucun progrès, sous peine de s’inscrire dans le temps. […C’est pourquoi] une religion, quand elle est confrontée à la réalité d’une catastrophe, dégénère en superstition. Sommée de montrer ce qu’elle peut faire, une religion n’a pas les moyens, devant une catastrophe, de faire entendre la puissance de ses métaphores. […] Sous l’oeil anxieux des fidèles confinés, les lieutenants du culte sont obligés de lire la Bible ou le Coran au premier degré. Autant lutter contre un missile avec une épée de bois ! […] Nous avons besoin d’hommes de foi, qui ne sont pas (ou rarement) les serviteurs de Dieu mais les héros qui, sans autre raison que leur courage, mettent les mains dans le virus pour lui tordre le cou ».
Faisons remarquer d’abord à Enthoven que la Bible nous parle de Dieu à travers la Tradition et « les lieutenants du culte » catholique ne lisent pas la Bible « au premier degré » (sinon ce serait du fondamentalisme).
Deuxièmement, la Religion n’est pas destinée à « faire entendre la puissance de ses métaphores », elle rappelle simplement ce qui nous relie à Dieu (« Tendons vers le même Dieu, et reliant (religantes) nos âmes à lui seul : ce qui est, à ce que l’on croit, l’étymologie du mot religio » nous dit Saint Augustin). Il ne s’agit pas de montrer ce qu’elle peut faire, mais de rappeler que l’homme est né pour vivre en enfant de Dieu avec ses frères. Donc, opposer le serviteur de Dieu qui ne ferait que réciter des prières et le héros qui agit avec son courage est absurde. Les chrétiens héroïques agissant contre la pandémie, le font justement avec la foi vive qui s’exprime dans la charité : c’est ce que font les soignants de nos familles, mais aussi les nombreux prêtres accompagnant les mourants et les familles en deuil. C’est aussi cela l’héroïsme ordinaire.
Troisièmement, comparer la science et la religion n’a pas grand sens. « Croire en la Science » est une expression absurde, il s’agirait plutôt de « faire confiance (ou pas) aux scientifiques ». Ici, on part du postulat vieux de plus de 150 ans selon lequel la religion est mauvaise au motif qu’elle s’oppose au progrès, et la science, bonne parce qu’elle est en progrès. Enthoven et ses confrères nous invitent en fait à nous convertir à une nouvelle religion, celle du Progrès. Pour eux, il nous faut croire en le Progrès ; mais cette foi permettra-elle d’esquisser une réponse au scandale du mal dans le monde ?

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